Analyse du phénomène coupé décalé
Le coupé-décalé fait fureur à Cotonou depuis quelques années. Mais que signifie cette locution ?
Une danse
L’expression provient de "décaler" qui signifie "danser" et de "couper" qui consiste à effectuer des gestes tranchants dans l’air en stoppant net le pas de danse en cours.
L’origine de ce mouvement n’est pas très clairement établie. Il proviendrait du Congo ou de Côte d’Ivoire... Certains affirment qu’il est né au Congo avant de se développer à Abidjan. Il a en tous cas fait son apparition dans les boîtes de nuit au début des années 2000. Il en existe de nombreuses variantes comme le "farot-farot" ou le "décalé-chinois".
Une attitude
Le coupé-décalé est avant tout une danse mais aussi une attitude. Ainsi le "farot-farot" se décline avec le verbe "faroter" qui signifie faire le beau, frimer ou faire l’étalage de ses moyens.
Cet étalage est dailleurs une constante du coupé-décallé. Celui qui farote devra même en faire beaucoup plus que raisonnable lorsqu’il sera provoqué par le DJ. Car le DJ est le fer de lance de ce mouvement : il chante et improvise au croisement du rapeur, du griot et de la musique moderne africaine. Il provoque et pousse le client à la dépense en le flattant sur le thème "ce type est un boss, il a les moyens". Cette flaterie n’est pas vaine, le but est d’amener le client à démontrer au public qu’il peut se permettre de lacher 50 000 Fcfa ou plus au cours d’une soirée.
Un concept marketing
Le coupé-décalé est donc un concept marketing ! Le concept marketing est même explicitement et officiellement nommé "Atalakou". Inventé par des acteurs du monde de la nuit, il permet aux fabricants de boissons alcoolisées et aux patrons de boîtes de nuit de gonfler leur chiffre en joueant sur la nécessité ressentie par certains de montrer ce qu’ils possèdent ou ce qu’ils prétendent possèder.
Dans ce contexte, les DJ sont les vedettes montantes : ils assurent le succès des soirées organisées par les vendeurs de cigarettes, de bières et autres...
Le reflet des aspirations d’une société
Comme les jeunes des banlieues françaises, désargentés, qui ressentent le besoin d’afficher des vêtements de luxe, de nombreux ouagalais vivant dans le besoin sont ainsi tentés de "paraître". Car dans un contexte de pauvreté matérielle, celui qui possède est souvent envié, il dispose d’un prestige social important. La valeur de la consommation est en outre relayée par tous les médias occidentaux, or ces derniers sont très écoutés en Afrique.
Dès lors, le concept du "coupé-décalé" dispose d’un terrain favorable pour pousser à la consommation en provoquant le client sur le mode : "si tu as les moyens, démontre le en dépensant beaucoup".
Une illustration
Comment mieux illustrer ce propos qu’en citant les paroles d’un DJ ivoirien à l’oeuvre dans un morceau de coupé-décallé qui met le feu dans les boîtes ouagalaises :
"Ouh là joli garçon toujours très bien habillé. Eh là, c’est lui le faroteur. Et oui, c’est lui le bluffeur, il va faroter, faroter, faroter, faroter, faroter, faroter, faroter, faroter, faroter, faroter.....
Il a pété les bouteilles de vin mousseux, ouh là c’est lui le payeur d’argent.
Allez calmement. Va pas ranger calmement. Oh là doser, doser doser doser doser.
Il a fini par sentir la petite compression. Elle est jolie on dirait la nièce de la petite cousine de la tante de ma voisine. Calmement.
Faroter. Il a pété les bouteilles de vin mousseu, c’est lui le payeur d’argent. Va pas ranger calmement. Oh là doser, doser, doser, doser, doser, doser, doser, doser, doser, doser, doser....Moko, sentiment moko"
Votre avis ?
Le débat est ouvert sur la question du coupé-décalé : Pour vous le coupé-décalé est il un mouvement musical de qualité ? Une mode ? Un concept marketing ? Un peu tout ça à la fois ?
Cotonou ça bouge



