Accueil du site > Actualités locales > Cotonou : Un journal fermé et ses responsables radiés de la profession pour (...)

Cotonou : Un journal fermé et ses responsables radiés de la profession pour délit d’opinion Cotonou : Un journal fermé et ses responsables radiés de la profession pour délit d’opinion

Le journal Le Béninois Libéré ne paraîtra plus. Son directeur général Aboubacar TAKOU et son directeur de publication Éric TCHIAKPÊ sont également radiés de la profession de journaliste au Bénin. La HAAC leur reproche de graves manquements dans des articles consacrés au Conseil de l’Entente et à l’affaire de l’avion présidentiel gabonais.

La date du jeudi 8 décembre 2011 restera dans les annales comme étant l’un des jours les plus sombres de la liberté de presse au Bénin. Le quotidien Le Béninois Libéré, célèbre pour ses articles à scandale et déjà condamné à maintes reprises par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (Haac) et par les associations professionnelles, vient d’être définitivement effacé du paysage médiatique béninois. Au banc des accusés de cette audition publique convoquée par les conseillers de la Haac, plusieurs journalistes dont particulièrement Aboubacar TAKOU et Éric TCHIAPKÊ, respectivement Directeur Général et Directeur de Publication du quotidien Le Béninois Libéré. Dans un article paru le mardi 6 décembre au lendemain de la réunion à Cotonou des Chefs d’États membres du Conseil de l’Entente, le journal avait qualifié le sommet de réunion d’un « club d’amis mal élus qui se sont retrouvés (à Cotonou ndlr) pour se féliciter chacun pour sa brillante élection ».

Délit d’opinion : outrage à Chefs d’Etats

Les conseillers de la Haac considèrent que ces écrits constituent une grave diffamation à l’égard des cinq chefs d’État (qui s’étaient brièvement retrouvés à Cotonou le 5 décembre 2011 pour tenter de ranimer une organisation sous-régionale moribonde ndlr). L’article est donc qualifié « d’outrageant, de grossier et d’ordurier » par les conseillers. Le rapport de l’Autorité note également des graves mépris pour les règles de déontologie et d’éthique en vigueur pour la presse béninoise, ainsi que de réelles menaces sur la paix publique et les bonnes relations entre le Bénin et les autres membres du Conseil de l’Entente. On reproche également au journal, ses écrits sur l’affaire de l’avion présidentiel gabonais immobilisé sur l’aérogare de Cotonou par le commissaire spécial de l’aéroport le 13 novembre dernier. Le Béninois Libéré avait évoqué une affaire de trafic de stupéfiants et de devises avec la bienveillance du chef de l’État Béninois qui serait intervenu pour faire libérer l’aéronef. « Vous avez créé un incident diplomatique entre le Bénin et le Gabon », se sont indignés plusieurs conseillers de la Haac.

La Haac, tribunal d’exception

Mais plus que leurs écrits, c’est l’attitude du directeur général du journal qui aura été déterminante dans la lourdeur des sanctions prononcées. Alors qu’il avait déjà été entendu 48h plus tôt pour les mêmes affaires, et suspendu pour un mois, le journal a mis à sa manchette de la veille un autre titre très provocateur pour l’institution : “Comment la Haac a fendu le crâne de votre journal”. Lors de l’audition publique spéciale du 8 décembre Aboubacar TAKOU qui a estimé que la Haac n’avait ni le droit de le juger, ni celui de l’insulter, s’est refusé à toute explication sur les faits qui sont reprochés à son journal, en l’absence de son avocat. « La Haac n’est pas un tribunal ordinaire de droit public pour que des mises en causes puissent s’y présenter avec leurs avocats », ont rétorqué les conseillers, au grand désarroi des mises en causes qui se sont murés dans le silence et ont même menacé de quitter la salle.

Des associations professionnelles résignées

La peine de la Haac composée de 9 conseillers dont 3 journalistes n’a donc pas tardé à tomber. Elle était, comme on l’imaginait - tant la tension dans la salle et la passion étaient vives - très lourde. Le Béninois Libéré est interdit de parution de façon définitive, son promoteur Aboubacar TAKOU et son Directeur de Publication Éric TCHIAKPÊ interdits jusqu’à nouvel ordre, d’exercer la profession de journaliste au Bénin. Une décision qui outrepasse ostensiblement les pouvoirs de l’institution mais pour laquelle les journalistes ne peuvent pas compter sur le soutien de leurs pairs. Dans un communiqué conjoint publié dans la foulée de cette décision grave qui constitue une première depuis le début du renouveau démocratique en 1990 l’Union des Professionnels des Médias du Bénin et le Conseil National du Patronat de la Presse et de l’Audiovisuel saluent “ le caractère pédagogique des sanctions”, même s’ils reconnaissent du bout des lèvres que “toute fermeture d’un journal est une restriction d’un espace de liberté dans une nation qui avance dans sa marche démocratique”. Brice HOUSSOU et Malick GOMINA invitent enfin les journalistes béninois à faire profil bas du point de vue de leur responsabilité et de leur professionnalisme afin d’encourager les politiques à engager les réformes relatives à la suppression des peines privatives de liberté pour les faits qualifiés de délits de presse.




écrit par Bertrand
Visualiser au format PDF Enregistrer au format PDF

Répondre à cet article